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Poémes du Prix Littéraire (2)

Par Jean-Marc Massin, publié le mercredi 13 juin 2018 17:02 - Mis à jour le mercredi 13 juin 2018 17:02

 

 

 

Voyage sans retour

 

Toi que l’on appelle « FRÈRE DES ASTRES »

Saches que les cosmonautes ne font que passer

Cette nouvelle vie dans l’espace peut ressembler,

A l’abandon des prétentions ; synonyme de désastres.

 

Ce nouvel univers, sombre aux abords, se révèle

Pourtant merveilleux, majestueux et intemporel.

Je suis le témoin de ta flore tranquille,

Tu y es arrivé sans plan ni manuel d’exil.

 

Alors avec les obstacles que tu as affrontés,

On devrait te donner la double nationalité.

Moi je pars aussi, pour un long périple vers Tombouctou

Mais je ne fais que traverser la mer, c’est rien du tout.

 

Mathilde Thomas, Gauthier Teillet et Vincent Pitiot.

 

C’est après leur passage, leur père constate le désastre

Ils ne sont pas sages, ce sont les frères des astres

Ils ne sont que trois, leur âge est à peine le double

Double nationalité, à leur âge l’avis est trouble

 

La vie est trouble dans un pays où l’eau n’est pas claire

Claire Chazal est témoin et nous dicte l’information

Alors si elle est comprise, faites l’abandon de vos prétentions

Car il existe des Hommes qui passent de la mort à des esprits clairs.

 

Certains pensent : « la mer c’est rien du tout »

Mais pour des émigrés ne possédant pas de manuel d’exil

Ils pensent : « Après la mer, une porte s’ouvre sur tout »

Et c’est avec le doigt dans l’œil que la plupart est contrainte au péril.

 

Pendant que d’autres se consacrent à eux pour qu’ils arrivent à bon port

Pour que le voyage soit le moins sombre aux abords

On conte aux enfants que les cosmonautes ne font que passer sur l’or

Que les libéraux accostent sans gènes les navires culturels des peuples

Aussi bien de bâbord que de tribord, jusqu’au débord.

 

Léo Pauly

 

 

Je me souviens d’un territoire vaste

Qu’en tant que frères des astres

Nous avons avec grand plaisir exploré

Sans jamais à aucun moment nous lasser

 

Avec toutes ces mésaventures

Surpassées d’un calme funambule

Nous avons été chassées

Avec l’idée que les cosmonautes ne font que passer.

 

Dans notre manuel d’exil

Il y avait marqué en première ligne :

« La mer c’est rien du tout,

Vous n’avez pas besoin d’atout ». 

 

Ce monde sombre aux abords

Cache en lui quelques attentions

Qu’une fois monté à bord

Marque l’abandon des prétentions

 

J’ai été témoin de cette scène

Où une personne voulant la double nationalité

S’est échouée.

 

Marwane Mouaz, Enzo Garbaccio et Alexandre Sauton

 

L’écrivain

                       

                        Elle se dresse devant moi, immense, la mer.

Elle est plus impressionnante qu’elle n’en a l’air.

Je reste là, dressé pendant quelques instants

Je regarde les vagues, j’écoute le vent.

Puis, enfin, on me demande d’embarquer

Et je pars comme ça, presque sans regrets,

La tête vide, avec seulement quelques affaires,

Un tee-shirt, un pantalon et un livre de Baudelaire.

Le cœur plein, avec seulement quelques souvenirs,

Heureux et tristes, mais sans idée sur mon avenir.

J’oublie tout, rien ne me retient, rien pour capter mon attention,

J’oublie tout, c’est l’abandon des prétentions.

Puis je rentre à l’intérieur, je rentre et tout est noir.

J’appuie sur l’interrupteur, la lumière s’allume, c’est un couloir,

J’avance, je vais à gauche, j’avance, je vais à droite,

J’avoue, plus j’avance plus les portes sont étroites.

J’avance, je ne sais plus où j’avance,

Je suis perdu dans cette calle, sans fin, immense

Mais j’avance, j’avance, j’avance et enfin

Du bruit, des sons, des pas, des voix au loin

Je me dirige alors dans cette direction, et vois un grand gaillard

Sombre aux abords, grand et froid, il me fusille du regard

Il semble venir de l’Est, il a un accent, sa voix est forte

Soudain je vois mon numéro de cabine sur une porte,

Je frappe…personne…je prends ma clé,

J’ouvre, et commence à refermer

Mais une chaussure vient se mettre en travers et la bloque,

Un homme rentre, je le reconnais, il était sur les docks

Il s’assoit sur le lit de droite, j’irai à gauche

Il était mal habillé, un pantalon troué, une petite sacoche,

Après quelques minutes à nous regarder, il s’allonge et s’endort

Je pose ma valise, la met sous le lit et je sors

Je remonte à la surface, sur le pont

Je suis alors témoin d’un concert, une guitare et un accordéon,

Deux, trois marins éméchés se mettent à danser

D’autres boivent, dorment ou sont en train de rigoler.

Enfin quelques uns, assis sur des caisses en bois, chantent

L’un en russe, l’autre en français, je ne sais en combien de langue différentes.

Je distingue parmi ce mélange, ce qui semble être le refrain

Alors encore plus fort, ils chantent, tous en cœur et avec entrain :

« La mer c’est rien du tout

La mer y en a partout

L’espace c’est rien non plus

L’espace y en a encore plus

Les marins sont obligés de rester

Les cosmonautes ne font que passer ».

Cette chanson, ils la chantent trois fois, elle leur donne du courage,

Ca doit être long, près de six mois sur un bateau, c’est un long voyage.

Je regarde le ciel, il est profond, noir et rempli d’étoiles.

Sur l’horizon, on ne distingue plus rien, plus une voile,

Plus un bateau, plus un oiseau, tout est noir

J’entends les marins qui rentrent, ils ont fini de chanter, de boire.

Je relève une nouvelle fois la tête pour regarder l’espace

Des millions d’étoiles au-dessus de moi, j’en regarde une, elle s’efface

Je vois des formes, j’imagine des visages, des objets,

Je me souviens des cours d’astrologie de mon père, on les observait,

Parfois je leur parlais, je m’imaginais être le frère des astres

Cela me faisait oublier le monde et ses désastres.

Je suis épuisé à présent, de repenser à tous ses souvenirs

Je rentre dans ma cabine, j’ai besoin de dormir

J’ouvre ma valise et tombe sur ce que j’appelle mon manuel d’exil

Un petit carnet rouge, quelques pages retenues par un fil,

A l’intérieur, des textes, des photos, des images,

Amassés au fil des années, au fil des voyages.

Presque rempli, c’est le seul souvenir de mon passé,

Il me rappelle que j’ai une double nationalité

Celle de la liberté et celle du bonheur

En effet, je n’ai jamais été travailleur,

Mais j’ai toujours pu voyager et écrire

Vivre au jour le jour, sans m’arrêter de rire,

C’est ça être écrivain, alors quand on manque d’inspiration,

La liberté reprend le dessus, on monte dans un bateau, sans hésitation

Et on peut se remettre à écrire, sur nous,

Sur les autres, sur rien, sur tout…

Ah ce qu’il ne faut pas faire,

Pour participer à un prix littéraire.

 

Clément Lepoil